George Sand

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Montparnasse
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George Sand

Message par Montparnasse »

— C’est qu’apparemment, Germain, nous n’avons pas su
deviner votre goût. Il faut donc que vous nous aidiez en
nous disant la vérité. Sans doute il y a quelque part une
femme qui est faite pour vous, car le bon Dieu ne fait
personne sans lui réserver son bonheur dans une autre
personne. Si donc vous savez où la prendre, cette femme
qu’il vous faut, prenez-la ; et qu’elle soit belle ou laide,
jeune ou vieille, riche ou pauvre, nous sommes décidés,
mon vieux et moi, à vous donner consentement ; car nous
sommes fatigués de vous voir triste, et nous ne pouvons pas
vivre tranquilles si vous ne l’êtes point.
— Ma mère vous êtes aussi bonne que le bon Dieu, et
mon père pareillement, répondit Germain ; mais votre
compassion ne peut pas porter remède à mes ennuis : la fille
que je voudrais ne veut point de moi.
— C’est donc qu’elle est trop jeune ? S’attacher à une
jeunesse est déraison pour vous.
— Eh bien ! oui, bonne mère, j’ai cette folie de m’être
attaché à une jeunesse et je m’en blâme. Je fais mon
possible pour n’y plus penser ; mais que je travaille ou que
je me repose, que je sois à la messe ou dans mon lit, avec
mes enfants ou avec vous, j’y pense toujours, je ne peux
penser à autre chose.
— Alors c’est comme un sort qu’on vous a jeté,
Germain ? Il n’y a à ça qu’un remède, c’est que cette fille
change d’idée et vous écoute. Il faudra donc que je m’en
mêle et que je voie si c’est possible. Vous allez me dire où
elle est et comment on l’appelle.
— Hélas ! ma chère mère, je n’ose pas, dit Germain,
parce que vous allez vous moquer de moi.
— Je ne me moquerai pas de vous, Germain, parce que
vous êtes dans la peine et que je ne veux pas vous y mettre
davantage. Serait-ce point la Fanchette ?
— Non, ma mère, ça ne l’est point.
— Ou la Rosette ?
— Non.
— Dites donc, car je n’en finirai pas, s’il faut que je
nomme toutes les filles du pays.
Germain baissa la tête et ne put se décider à répondre.
— Allons ! dit la mère Maurice, je vous laisse tranquille
pour aujourd’hui, Germain ; peut-être que demain vous
serez plus confiant avec moi ou bien que votre belle-sœur
sera plus adroite à vous questionner.
Et elle ramassa sa corbeille pour aller étendre son linge
sur les buissons.
Germain fit comme les enfants qui se décident quand ils
voient qu’on ne s’occupera plus d’eux. Il suivit sa belle-
mère et lui nomma enfin en tremblant la petite Marie à la
Guillette.
Grande fut la surprise de la mère Maurice : c’était la
dernière à laquelle elle eût songé. Mais elle eut la
délicatesse de ne point se récrier et de faire mentalement ses
commentaires. Puis, voyant que son silence accablait
Germain, elle lui tendit sa corbeille en lui disant : — Alors,
est-ce une raison pour ne point m’aider dans mon travail ?
Portez donc cette charge et venez parler avec moi. Avez-
vous bien réfléchi, Germain ? êtes-vous bien décidé ?
— Hélas ! ma chère mère, ce n’est pas comme cela qu’il
faut parler : je serais décidé si je pouvais réussir ; mais
comme je ne serais pas écouté, je ne suis décidé qu’à m’en
guérir si je peux.
— Et si vous ne pouvez pas ?
— Toute chose a son terme, mère Maurice : quand le
cheval est trop chargé, il tombe ; et quand le bœuf n’a rien à
manger, il meurt.
— C’est donc à dire que vous mourrez si vous ne
réussissez point ? à Dieu ne plaise, Germain ! Je n’aime pas
qu’un homme comme vous dise ces choses-là parce que
quand il les dit il les pense. Vous êtes d’un grand courage et
la faiblesse est dangereuse chez les gens forts. Allons,
prenez de l’espérance. Je ne conçois pas qu’une fille dans la
misère, et à laquelle vous faites beaucoup d’honneur en la
recherchant, puisse vous refuser.
— C’est pourtant la vérité, elle me refuse.
— Et quelles raisons vous en donne-t-elle ?
— Que vous lui avez toujours fait du bien, que sa famille
doit beaucoup à la vôtre, et qu’elle ne veut point vous
déplaire en me détournant d’un mariage riche.
— Si elle dit cela, elle prouve de bons sentiments, et c’est
honnête de sa part. Mais en vous disant cela, Germain, elle
ne vous guérit point, car elle vous dit sans doute qu’elle
vous aime et qu’elle vous épouserait si nous le voulions ?
— Voilà le pire ! elle dit que son cœur n’est point porté
vers moi.
— Si elle dit ce qu’elle ne pense pas pour mieux vous
éloigner d’elle, c’est une enfant qui mérite que nous
l’aimions et que nous passions par-dessus sa jeunesse à
cause de sa grande raison.
— Oui, dit Germain, frappé d’une espérance qu’il n’avait
pas encore conçue : ça serait bien sage et bien comme il faut
de sa part ! mais si elle est si raisonnable, je crains bien que
c’est à cause que je lui déplais.
— Germain, dit la mère Maurice, vous allez me
promettre de vous tenir tranquille pendant toute la semaine,
de ne point vous tourmenter, de manger, de dormir, et d’être
gai comme autrefois. Moi, je parlerai à mon vieux, et si je le
fais consentir, vous saurez alors le vrai sentiment de la fille
à votre endroit.
Germain promit, et la semaine se passa sans que le père
Maurice lui dît un mot en particulier et parût se douter de
rien. Le laboureur s’efforça de paraître tranquille, mais il
était toujours plus pâle et plus tourmenté.

(La Mare au diable)
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.
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