Poésies (mont)parnassiennes

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Liza
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Liza »

Joli !
Vesper, il s'agit de Vénus, je suppose ?
On ne me donne jamais rien, même pas mon âge !
 
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Montparnasse
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse »

La fin du jour, non ? vespéral.
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse »

LES CINQ DOIGTS DE LA MAIN



Une honnête famille où il n’y a jamais eu de banqueroute, où personne n’a jamais été pendu.

La parenté de Jean de Nivelle.



Le pouce est ce gras cabaretier flamand, d’humeur goguenarde et grivoise, qui fume sur sa porte, à l’enseigne de la double bière de mars.

L’index est sa femme, virago sèche comme une merluche, qui dès le matin soufflette sa servante dont elle est jalouse, et caresse la bouteille dont elle est amoureuse.

Le doigt du milieu est leur fils, compagnon dégrossi à la hache, qui serait soldat s’il n’était brasseur, et qui serait cheval s’il n’était homme.
Le doigt de l’anneau est leur fille, leste et agaçante Zerbine qui vend des dentelles aux dames et ne vend pas ses sourires aux cavaliers.

Et le doigt de l’oreille est le Benjamin de la famille, marmot pleureur, qui toujours se trimbala à la ceinture de sa mère comme un petit enfant pendu au croc d’une ogresse.

Les cinq doigts de la main sont la plus mirobolante giroflée à cinq feuilles qui ait jamais brodé les parterres de la noble cité de Harlem.

(Gaspard de la nuit, posthume 1842)
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse »

Quand on sera grand, je serai fenêtre de toi
Je te regarderai du haut de la lucarne
La lune ensoleille et les yeux pleins d’étoiles
Au pied de ton lit ensorcelé de ton charme
Quand on sera grand, je t’inventerai un ciel
Au-delà d’une lucarne, noir comme un tableau
Pour que tu puisses y écrire en lettres de miel
Tes exigences les plus pures, ton désir le plus beau
Quand on sera grand, je serai route pour nous deux
Je tiendrai ta main mirant par la lucarne
Tu me mèneras au bout de ton monde, et ou que tu veux
Je garderai pour toi la dernière de mes larmes
Et quand on sera grand, je t’aimerai encore
On suivra la route en amants d’occasion
On fera une seule âme, on fera un seul corps
Et mèneront notre amour a la dernière saison
Un jour quand je serai grand, à ma dernière saison
Ma douce, ma mie, je t’aimerai toujours je crois
Du haut de la lucarne, du petit fenestron
Je te regarderai dormir au travers de ton toit
Quand on sera grand, ma Mie, on s’aimera encore ?

Jacques Van Brussel
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Van Brussel Jacques
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Zone Apollinaire Guilhaume

Message par Van Brussel Jacques »

À la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine

Ici même les automobiles ont l’air d’être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

Seul en Europe tu n’es pas antique ô Christianisme
L’Européen le plus moderne c’est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D’entrer dans une église et de t’y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
[ 8 ]

Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d’aventures policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers

J’ai vu ce matin une jolie rue dont j’ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J’aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l’avenue des Ternes

Voilà la jeune rue et tu n’es encore qu’un petit enfant
Ta mère ne t’habille que de bleu et de blanc
Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize
Vous n’aimez rien tant que les pompes de l’Église
Il est neuf heures le gaz est baissé tout bleu vous sortez du dortoir en cachette
[ 9 ]

Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège
Tandis qu’éternelle et adorable profondeur améthyste
Tourne à jamais la flamboyante gloire du Christ
C’est le beau lys que tous nous cultivons
C’est la torche aux cheveux roux que n’éteint pas le vent
C’est le fils pâle et vermeil de la douloureuse mère
C’est l’arbre toujours touffu de toutes les prières
C’est la double potence de l’honneur et de l’éternité
C’est l’étoile à six branches
C’est Dieu qui meurt le vendredi et ressuscite le dimanche
C’est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs
Il détient le record du monde pour la hauteur

Pupille Christ de l’œil
Vingtième pupille des siècles il sait y faire
Et changé en oiseau ce siècle comme Jésus monte dans l’air
Les diables dans les abîmes lèvent la tête pour le regarder
Ils disent qu’il imite Simon Mage en Judée
Ils crient s’il sait voler qu’on l’appelle voleur
Les anges voltigent autour du joli voltigeur
Icare Enoch Elie Apollonius de Thyane
Flottent autour du premier aéroplane
Ils s’écartent parfois pour laisser passer ceux que
[ 10 ]

Transporte la Sainte-Eucharistie
Ces prêtres qui montent éternellement élevant l’hostie
L’avion se pose enfin sans refermer les ailes
Le ciel s’emplit alors de millions d’hirondelles
A tire-d’aile viennent les corbeaux les faucons les hiboux
D’Afrique arrivent les ibis les flamants les marabouts
L’oiseau Roc célébré par les conteurs et les poètes
Plane tenant dans les serres le crâne d’Adam la première tête
L’aigle fond de l’horizon en poussant un grand cri
Et d’Amérique vient le petit colibri
De Chine sont venus les pihis longs et souples
Qui n’ont qu’une seule aile et qui volent par couple
Puis voici la colombe esprit immaculé
Qu’escortent l’oiseau-lyre et le paon ocellé
Le phénix ce bûcher qui soi-même s’engendre
Un instant voile tout de son ardente cendre
Les sirènes laissant les périlleux détroits
Arrivent en chantant bellement toutes trois
Et tous aigle phénix et pihis de la Chine
Fraternisent avec la volante machine

Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule
[ 11 ]

Des troupeaux d’autobus mugissants près de toi roulent
L’angoisse de l’amour te serre le gosier
Comme si tu ne devais jamais plus être aimé
Si tu vivais dans l’ancien temps tu entrerais dans un monastère
Vous avez honte quand vous vous surprenez à dire une prière
Tu te moques de toi et comme le feu de l’Enfer ton rire pétille
Les étincelles de ton rire dorent le fond de ta vie
C’est un tableau pendu dans un sombre musée
Et quelquefois tu vas le regarder de près

Aujourd’hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées
C’était et je voudrais ne pas m’en souvenir c’était au déclin de la beauté

Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m’a regardé à Chartres
Le sang de votre Sacré Cœur m’a inondé à Montmartre
Je suis malade d’ouïr les paroles bienheureuses
L’amour dont je souffre est une maladie honteuse
Et l’image qui te possède te fait survivre dans l’insomnie et dans l’angoisse
[ 12 ]

C’est toujours près de toi cette image qui passe

Maintenant tu es au bord de la Méditerranée
Sous les citronniers qui sont en fleur toute l’année
Avec tes amis tu te promènes en barque
L’un est Nissard il y a un Mentonasque et deux Turbiasques
Nous regardons avec effroi les poulpes des profondeurs
Et parmi les algues nagent les poissons images du Sauveur

Tu es dans le jardin d’une auberge aux environs de Prague
Tu te sens tout heureux une rose est sur la table
Et tu observes au lieu d’écrire ton conte en prose
La cétoine qui dort dans le cœur de la rose

Épouvanté tu te vois dessiné dans les agates de Saint-Vit
Tu étais triste à mourir le jour où tu t’y vis
Tu ressembles au Lazare affolé par le jour
Les aiguilles de l’horloge du quartier juif vont à rebours
Et tu recules aussi dans ta vie lentement
En montant au Hradchin et le soir en écoutant
Dans les tavernes chanter des chansons tchèques
[ 13 ]

Te voici à Marseille au milieu des Pastèques

Te voici à Coblence à l’hôtel du Géant

Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon

Te voici à Amsterdam avec une jeune fille que tu trouves belle et qui est laide
Elle doit se marier avec un étudiant de Leyde
On y loue des chambres en latin Cubicula locanda
Je m’en souviens j’y ai passé trois jours et autant à Gouda

Tu es à Paris chez le juge d’instruction
Comme un criminel on te met en état d’arrestation

Tu as fait de douloureux et de joyeux voyages
Avant de t’apercevoir du mensonge et de l’âge
Tu as souffert de l’amour à vingt et à trente ans
J’ai vécu comme un fou et j’ai perdu mon temps
Tu n’oses plus regarder tes mains et à tous moments je voudrais sangloter
Sur toi sur celle que j’aime sur tout ce qui t’a épouvanté

Tu regardes les yeux pleins de larmes ces pauvres émigrants
[ 14 ]

Ils croient en Dieu ils prient les femmes allaitent des enfants
Ils emplissent de leur odeur le hall de la gare Saint-Lazare
Ils ont foi dans leur étoile comme les rois-mages
Ils espèrent gagner de l’argent dans l’Argentine
Et revenir dans leur pays après avoir fait fortune
Une famille transporte un édredon rouge comme vous transportez votre cœur
Cet édredon et nos rêves sont aussi irréels
Quelques-uns de ces émigrants restent ici et se logent
Rue des Rosiers ou rue des Écouffes dans des bouges
Je les ai vus souvent le soir ils prennent l’air dans la rue
Et se déplacent rarement comme les pièces aux échecs
Il y a surtout des Juifs leurs femmes portent perruque
Elles restent assises exsangues au fond des boutiques

Tu es debout devant le zinc d’un bar crapuleux
Tu prends un café à deux sous parmi les malheureux

Tu es la nuit dans un grand restaurant

Ces femmes ne sont pas méchantes elles ont des soucis cependant
Toutes même la plus laide a fait souffrir son amant

Elle est la fille d’un sergent de ville de Jersey

Ses mains que je n’avais pas vues sont dures et gercées
[ 15 ]

J’ai une pitié immense pour les coutures de son ventre

J’humilie maintenant à une pauvre fille au rire horrible ma bouche

Tu es seul le matin va venir
Les laitiers font tinter leurs bidons dans les rues

La nuit s’éloigne ainsi qu’une belle Métive
C’est Ferdine la fausse ou Léa l’attentive

Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie

Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied
Dormir parmi tes fétiches d’Océanie et de Guinée
Ils sont des Christ d’une autre forme et d’une autre croyance
Ce sont les Christ inférieurs des obscures espérances

Adieu Adieu

Soleil cou coupé

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913
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Van Brussel Jacques
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zone

Message par Van Brussel Jacques »

Zone est le dernier poème écrit par Apollinaire pour son recueil Alcool. Il le place en ouverture, comme un manifest de la poésie cubiste, et peu le considérer comme le premier écrit surréaliste.

C’est un poème de rupture, il vient de se faire plaquer par Marie Laurencin, grande peintre et égérie de la scène parisienne, très à la mode. On est en 1912 et le 19eme siècle n’en finit pas de continuer
Le titre même nous envoi dans un flou une zone inconnue
C’est un poème de rupture autant dans le fond que dans la forme

Le fond

Il annonce clairement la rupture avec : à la fin tu es las de ce monde ancien …
Dès les premières strophes il veut être en rupture avec ce 19eme siècle qui n’en finit pas de continuer, même dans sa modernité
Et il part dans une espèce de quette d’une nouvelle sacralité
Il est intéressant d’observer comment il compare la religion avec l’arche de Noé, porte avion
Un thème qu’il reprend un peu plus tard dans le poème :
Le christ qui monte mieux que les aviateurs
Pupille du christ de l’œil
L’avion se pose enfin sans refermer les ailes…
C’est un poème de rupture au les sujets s’entremêlent autant que le temps le sacré autant que le profane
Très tôt à partir de la strophe seul en Europe en est confronté par l’ambigüité du poème se passage on peut le lire de tellement de façons que l’interprétation n’en deviens que plus intéressante
Et là le poète nous ramené dans la réalité la plus triviale, il est beau être un rêveur il crée dans un monde de cher et d’os
Et là il nous amène dans une promenade presque bucolique
Il nous montre là son processus de création. De rue la promenade devient un petit enfant
Ce qui l’amène à son ami Dalise et par extension à l’église … la religion
Un très fort passage ou on se promène au collège de son enfance, ou celui de ses fantasmes.il n’a de cesse dans ce poème de réinterpréter la religion à l’aune de ses délires
Et on revient dans le réelle.
On voit comment, tantôt il se met en scène, tantôt il parle d’un sujet, et voilà qu’il prend le lecteur en témoin directement
Le je et le tu s’entremêlent sans vergogne et il ne s’agit pas toujours de l’autre et d’un coup il deviens lui-même le sujet de son écrit :la petite rue qui est un jeune garçon
Et il déverse sa colère, son amertume ; sa femme, se Notre Dame l’as salie en le quittant alors pour fuir l’hydre il part dans des souvenirs heureuses et lointaine, pour oublier
Le rêve le ramène à sa douleur, alors il n’y a plus que le réel aussi sordide qu’il soit on peut presque dire, la souffrance des autres fait oublier la notre
Alors il boit et se retourne consoler chez son ami fidèle celui des aisées, avec ses exvotos ses christ en carton-pâte la recherche d’espérance

La forme
Il n’y a plus de forme Apollinaire est dans ce poème dans une rupture radical
Il est en rupture avec les rythmiques musicales de la poésie du 19eme siècle
La poésie devient narrative sans pour autant perdre cette authentique tentions nécessaire au poème
Il n’y a pas d’unité de temps ni de sujet il expose son poème presque comme une psychanalyse et c’est en sella qu’on peut le considérer comme le précurseur des surréalistes
Le manque de ponctuation est un parti prix de l’auteur qui oblige le lecteur à participer à l’instant créatif. En sella le moment le plus fort est la strophe : seul en Europe ou le lecteur peut jouer avec la ponctuation et à chaque foi avoir une lecture différente
Il passe du registre soutenu au registre familier : tu es lasse/ tu en as assez selon les besoins rythmiques
Bien que l’écrit soit complétement libre on a des passages en rime, classique, dite plate et des rimes assonancées

Conclusion : c'est l'histoire d'une journée de merde, d'un mes qui s'est fait larguer par sa nana et qui se bourre la gueule. Et qui finit, lamentablement, ivre mort à vomir chez son copain. Tous les tourments par lequel il passe, dans sa tête sont écrit avec une precision chirurgicale. Histoire peu glorieuse pour un poème fondateur et qui scelle, s'il y en avait encore besoin le génie du poète.
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse »

J'ai lu très peu de choses d'Apollinaire, Sur le pont Mirabeau est le seul titre dont je me souvienne (lu en cours de français très certainement) et quelques autres que j'ai trouvés dans une anthologie de la poésie. Je suis peu sensible à la poésie « moderne » et je le regrette. Apollinaire ne m'a pas assez ému jusqu'à présent mais ce poème-récit me plaît assez. C'est le passage le plus classique que je préfère (évidemment) :
J’ai vu ce matin une jolie rue dont j’ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J’aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l’avenue des Ternes
Mais le reste est intéressant, ne serait-ce que sur un plan documentaire.

Voici les poètes du XXème siècle qui trouvent grâce à mes yeux : Aragon, Tzara, Char et d'autres dont j'ai perdu les noms. :)
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Van Brussel Jacques »

Oui, c'est un passage tres émouvant qui me touche beaucoup, et qui m'émeut. C'est un homme au plus profond du désespoir qui dans un élan désespéré cherche à se rattacher à la vie. Il y a une profonde melancholiedans cet automatisme de voir le monde en poète comme une tentative impossible d'oubli.
Et bien sûr après viens : Sous le pont Mirabeau. Poème écrit dans le seul but de terroriser les pauvres collégiens.

Personnellement je n'ai pas d'à priori. Jaime plus les poèmes que leurs auteurs. Les seuls critères dans mes choix c'est
Authenticité
Musicalité
Rythme
Et le goût des mots, dans le sens le plus trivial du terme. Jaime les poètes qui mangent leurs mots avant de les poser.
Il n'y a pas de mot qui ne soit poétique. Tout dépend de l'usage qu'on en fait.
Les licences poétiques ne doivent pas cacher un manque de connaissance de la langue, la justesse du propos l'oblige !

Jaime les poèmes avant les poètes.

Je ne saurai accepter que le poète se place devant son poème ; ce qui vaut pour toute forme d'art. C'est un problème récurrent dans la poésie moderne. Elle a trop tendence à intellectualiser, alors que poésie c'est justement essentialiser. Je peux illustrer mon propos :
Un moment je me suis lancé innocemment dans le Haïku. On m'y reprocha vite d'être trop poétique. Et quand je soulignai à un auteur la poésie dont il fessait preuve, il me retorqua qu'il ne voulait absolument pas être poétique. Que le bon Haïku était que des mots et des observations.
On voie tout de suite la contradiction dans cette histoire. Ce que je veux dire, c'est que je partage entièrement la non-compréhension d'une certaine poésie dite "moderne", (attention, Baudelaire était un moderne)
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse »

Il est d’étranges soirs où les fleurs ont une âme,
Où dans l’air énervé flotte du repentir,
Où sur la vague lente et lourde d’un soupir
Le coeur le plus secret aux lèvres vient mourir.
Il est d’étranges soirs, où les fleurs ont une âme,
Et, ces soirs-là, je vais tendre comme une femme.
Il est de clairs matins, de roses se coiffant,
Où l’âme a des gaietés d’eaux vives dans les roches,
Où le coeur est un ciel de Pâques plein de cloches,
Où la chair est sans tache et l’esprit sans reproches.
Il est de clairs matins, de roses se coiffant,
Ces matins-là, je vais joyeux comme un enfant.
Il est de mornes jours, où las de se connaître
Le coeur, vieux de mille ans, s’assied sur son butin,
Où le plus cher passé semble un décor déteint,
Où s’agite un minable et vague cabotin.
Il est de mornes jours las du poids de connaître,
Et, ces jours-là, je vais courbé comme un ancêtre.
Il est des nuits de doute, où l’angoisse vous tord,
Où l’âme, au bout de la spirale descendue,
Pâle et sur l’infini terrible suspendue,
Sent le vent de l’abîme, et recule éperdue !
Il est des nuits de doute, où l’angoisse vous tord,
Et, ces nuits-là, je suis dans l’ombre comme un mort.

(Albert Samain)
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Re: Poésies (mont)parnassiennes

Message par Montparnasse »

C'est une chose étrange
à la fin que le monde
Un jour je m'en irai
sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur
ces midis d'incendie
La nuit immense et noire
aux déchirures blondes
Rien n'est si précieux
peut-être qu'on le croit
D'autres viennent Ils ont
le cœur que j'ai moi-même
Ils savent toucher l'herbe
et dire je vous aime
Et rêver dans le soir
où s'éteignent les voix
Il y aura toujours
un couple frémissant
Pour qui ce matin-là
sera l'aube première
Il y aura toujours l'eau
le vent la lumière
Rien ne passe après tout
si ce n'est le passant
C'est une chose au fond
que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir
que les gens ont en eux
Comme si ce n'était pas
assez merveilleux
Que le ciel un moment
nous ait paru si tendre
Malgré tout je vous dis
que cette vie fut telle
Qu'à qui voudra m'entendre
à qui je parle ici
N'ayant plus sur la lèvre
un seul mot que merci
Je dirai malgré tout
que cette vie fut belle

(Louis Aragon)
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