Matt en vacances

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Liza
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Matt en vacances

Message par Liza »

           Matt en vacances

L’année dernière, mon père a installé deux panneaux de rideau en voilage pour habiller ma grande baie vitrée. De temps à autre, je les fermais, je venais de les tirer lorsque mon téléphone a sonné, j’ai décroché sans méfiance.
— Pourquoi vous avez fermé vos voilages, me demande une voix?
— Qui êtes-vous, ça ne vous regarde pas, je suis chez moi, non !
— Ça me gêne, je vois beaucoup moins bien.
Instinctivement je m’approche de la fenêtre pour trouver qui me mate.
— Regarder à la fenêtre ne vous renseignera pas, asseyez-vous sur votre lit, ce sera plus confortable pour parler.
— Non, mais je fais ce que je veux, qui êtes-vous ?
— Votre voisin d’en face.
— C’est un dingue, je n’ai pas de voisin en face, j’ai raccroché furieuse.

J’aime bien ma chambre, elle est grande et très claire, la façade est partagée en deux, à droite, c’est la porte-fenêtre qui fait trois mètres, j’ai installé mon bureau de ce côté, lorsque je suis assise, je suis en plein devant la fenêtre et dans mon dos, une grande armoire avec les glaces éclaire le recoin d’un mètre cinquante, après la baie. Dans le fond contre la chambre des parents, en angle avec le mur extérieur, mon grand lit. Je dois le reconnaître, je suis exposée aux regards partout. Le seul coin discret est entre le mur de façade et le pied du lit, devant l’armoire à glace.
Je vérifie une fois de plus : pas de voisin, en face c’est le parc de la Libération,trois hectares d’arbres. En plus, notre appartement est au troisième étage, impossible de me voir. Ras la touffe, je retire mes fringues de lycée et je passe mon pyjama avant de rejoindre mes parents pour le repas. En revenant je m’allonge sur le lit, ce type m’inquiète. À peine installée, mon téléphone sonne de nouveau.
— Pas terrible le pyjama, je préfère les chemises de nuit.
Incroyable, ce mec me voit, c’est certain, je vais tomber dingue. Je me tourne sur le côté, face vers le mur.
— C’est la soupe à la grimace, vous avez un joli derrière.
D’un bond, je m’assieds au bord du lit, j’en perds les mots, je ne sais plus quoi dire.
— Votre chemise de nuit bleue par exemple vous va bien. Un peu opaque à mon goût, mais beaucoup plus sexy que ce pyjama.
— Sale voyeur va te faire foutre.
Je coupe, en colère. La chemise, c’était la semaine dernière donc ce cochon m’observe depuis un moment. Depuis très longtemps si ça se trouve. De rage, je descends le volet roulant. Le téléphone sonne aussitôt. Je ne réponds pas, il sonne, il sonne, finalement, je cède.
— Ce n'est pas gentil de me laisser poireauter, bonne nuit à demain.
J’allais répondre, c’est coupé. J’ai passé une mauvaise nuit, j’étais surtout furieuse et préoccupée par le mystère. Le matin, je suis partie chez ma grand-mère en laissant le volet fermé. Je suis rentrée en vitesse, avant le repas. Avec un semblant d’impatience, j’ai ouvert le volet en arrivant, avant même de poser mes affaires.

Une copine devait m’appeler, j’ai mis l’oreillette bluetooth pour ne pas manquer son appel. J’ai répondu à la première sonnerie.
— Où êtes-vous, je ne vous vois plus.
— Heureusement, je suis dans la salle de bains.
— Ce soir vous remettrez votre chemise de nuit ?
— Non, elle est au lavage, un autre pyjama.
— Vous n’êtes pas compatissante envers un admirateur, oubliez le pyjama.
Bizarrement, je n’avais pas envie de raccrocher.
— J’espère que vous avez un bon forfait, quand je vois le prix que coûte mon abonnement, je vais finir par vous coûter cher.
— Vous inquiétez pas, j’ai un forfait illimité. Décrivez-moi ce que vous voyez dans la glace.
— Une fille en brassière avec un short rose, on arrête de cramer nos forfaits.
J’ai coupé pour prendre ma douche. Toute requinquée, je rejoins ma piaule enroulée dans ma grande serviette de bain.
— Je ne vois rien !
— Vous avez dit sans pyjama, vous êtes content ?
— Vous avez quoi dessous ?
— Rien, mais vous ne verrez pas.
Il a coupé aussi sec, j’étais frustrée. Je me suis rassurée en pensant qu’il continuait à m’observer. Je me suis mise à mes devoirs. J’ai posé ma jambe gauche croisée sur la droite. Discrètement, j’ai tourné le nœud de la serviette vers la baie, le pan a reculé, ce qui donnait une belle vue sur ma cuisse. Toujours pas de reprise du dialogue. Il faut que je m’habille pour le repas, en me levant, la serviette s’est détachée, sans réfléchir, je me penche en avant pour la ramasser et je m’enroule dedans.
— Joli derrière, recommencez.
Que dalle, je me suis penchée de nouveau, j’avais remis la serviette, rien à voir.
— Je vais en regarder une autre.
Un peu jalouse, je ferme les voilages en vitesse. Le silence se prolonge, je suis déçue. Ce mec… est-ce un mec ? je n’en sais rien finalement. Si, aux questions qu’il pose, s’en est un. Il semble délicat et patient, il me parle comme à une femme, ça me change des jeunes au langage grossier.

Cette voix, chaude et douce aux accents tendres câline mes oreilles. À l’écouter, je suis transformée, je plane dans les nuages, au bord du frisson. J’ai un peu honte, je ne me reconnais plus. Brutalement, une pensée m’effleure, et je tombe de mon paradis, si ce mec me voit, n’importe qui peut me voir. Je réfléchis, il me voit lorsque je suis sur mon lit près du mur, donc, il doit être décalé à droite et un peu plus haut pour voir mes fesses cachées par le bois de lit. Il ne peut être que dans l’immeuble de l’autre côté du parc, à plus d’un kilomètre.

Le matin, à peine levée, mon téléphone sonne.
— Au réveil, t’as l’air d’une fouine ébouriffée. On se connaît assez, je peux te tutoyer, n’est-ce pas?
— Si tu veux, c’est à cause de toi que j’ai mal dormi. T’es un fameux cochon ! regarde ailleurs, tu as une centaine d’appartements devant toi.
— Désolé, dans tout le bâtiment, il n’y a qu’une seule chambre, la tienne. Dans les autres il n’y a rien à voir, c’est le salon.
— Faute de moyens, nous n’avons acheté qu’un F2, mon père a aménagé ma chambre à la place du salon. Je croyais que tu me matais parce que je te plaisais, tu me déçois.
— Je te rassure, tu es la plus jolie.
— Que dalle, espèce de menteur, je suis la seule.
— Tu es belle en chemise, assieds-toi sur ton lit et glisse l’encolure sur le bras gauche.
Je passe devant l’armoire où il ne peut pas me voir afin de me rendre compte de ce que ça donne : on voit presque le sein. D’ordinaire, je suis très pudique toutefois, je suis flattée que l’on ait envie de me voir, même si c’est indécent. Je m’installe sur le lit.
— Jolie, mais je suis déçu, tu te caches encore, retire le dernier bouton. Étends ton dos, allonge-toi sur ton lit. Tu es contente que je te regarde ? Bouge tes jambes, je n’arrive pas à lire ce qui est écrit sur ta culotte.
Je me lève d’un bond, eh, je n’y pensais même pas, je m’expose.
— Tu dors en chemise et tu gardes ta petite culotte, je confirme, tu es pudique. Je peux pas lire, montre-moi.
Je dois être rouge de honte, vexée, je ne sais pas comment il fait, mais ce mec me voit trop bien, il est où ?
— C’est trop sombre, approche de la fenêtre. Allez avance.
Je me lève, et me place devant la baie, finalement, j’en montre bien plus sur la plage et à bien plus de monde, privatiser la vue serait-ce immoral ? une main de chaque côté, je remonte doucement la liquette jusqu’au nombril.
— Chouette, je vois : Lili ! C’est pour la retrouver quand tu l’égares ? C’est un joli prénom.
— Un cadeau des copines pour ma fête, dis-je en laissant tomber la chemise. Désolée, je vais être en retard, il faut que je file.

Je ne me reconnais plus, me voilà lancée, sans pudeur, dans une folle aventure avec un inconnu qui suit tous mes mouvements, comme s’il vivait avec moi. Finalement, je n’ai aucune envie de me soustraire aux regards ni à la voix de mon « admirateur ». Nous ne faisons de mal à personne. Seule frustration, je brûle de savoir qui c’est.
J’arrive au rendez-vous à l’heure limite, ma copine Alice m’attend à la porte.
— Qu’est-ce qui t’arrive en ce moment, tu es dans la lune, tu te pointes en retard, on a du mal à te joindre au téléphone, t’es bizarre?
— Rien, je dors mal.
La journée se traine en longueur, le papa d’Alice est opticien il me prête une bonne paire de jumelles. Je rentre avec mon précieux chargement, caché dans mon cartable, je ne veux pas que le mec sache que je vais chercher sa cachette.
— Te voilà enfin, tu n’es pas revenue par le même chemin.
Je fonce dans la salle à manger afin de lorgner entre les lames du rideau. Ça rapproche drôlement, mais tout est uniforme, je vais avoir du mal à repérer le mec. Après un bon moment d’observation, je ne suis pas plus avancée. Je passe dans ma piaule. Je me change devant la glace. Je lance l’ordinateur et je m’installe au bureau pour les devoirs. Le téléphone me fait sursauter, pas de numéro affiché, ce n’est pas Alice.
— Tu te changes en arrivant, tu pourrais penser à moi, tu es toute fermée aujourd’hui. Que cherches-tu sur ton ordi, des vidéos coquines ?
— Non, j’étudie le plan du quartier, comment es-tu habillé ?
— J’ai un tee-shirt rouge, mais tu perds ton temps, je ne suis pas dans ton quartier.
Je passe dans la salle, avec les jumelles, je ne détecte rien de plus. Une partie des volets est fermée pour le soleil. Les fenêtres des cuisines sont hautes, on ne voit rien. Cette situation m’exaspère, ce serait tellement plus agréable si je savais qui me charme avec sa voix d’alcôve, qui m’observe en douce.

Toujours dans mes interrogations, je rejoins Alice aux balançoires, au bas de l’immeuble, j’ai du mal à participer à la discussion vestimentaire des filles. Je réponds pleine d’espoir à mon téléphone, zut, c’est maman qui me demande de rapporter le pain. Assise sur une balançoire, je me remémore tous les bons moments que j’ai passés ici gamine. Une seconde sonnerie coupe court à mon com back.
— Chut ne dit rien aux autres, prends un peu plus d’élan.
— Tu me vois ! pourquoi plus… ah, j’ai compris, tu ne verras rien.
— T’es pas sympa, tu devrais porter des choses « admirables » pour tes admirateurs. Je vois ta copine Alice, regarde, elle a un truc pas sexy, mais elle a fait des efforts. Sais-tu pour qui ?
— Si c’est toi qui la baratines, je ne te parle plus.
— Ce n’est pas moi, je ne vois que toi, je te l’ai dit. Tu devrais changer.
— De quoi ? de balançoire ?
— T’es pas coquette, l’autre jour, j’ai vu ta maman poser de jolies choses avec de la dentelle sur ton lit, tu les as rangées dans ton tiroir. Et tu te balances en caleçon sous la robe !
— Je mets la dentelle pour les sorties.
— Je vois, là, tu n’es pas dehors, les balançoires sont dans ta chambre ! Le prince charmant peut te tomber dessus n’importe où.
— Le prince charmant n’existe plus il, n’y a que des mecs comme toi adeptes du slip kangourou !
Zut, il a coupé, ce monsieur n’aime pas rigoler. Je suis remontée et j’ai fermé le volet de ma chambre. Depuis la salle à manger j’ai observé les logements un par un, rien.
Après le dîner, j’ai levé le rideau et je me suis installée à l’ordinateur afin d’afficher la carte de la région. Il y a quelques habitations disséminées dans les herbages derrière le bâtiment d’en face, notre immeuble n’est visible d’aucune. Le mystère reste entier, j’enrage de dépit. La sonnerie me donne un court moment d’espoir, avant d’affiche Alice.
— J’ai envie d’aller à la foire du livre, tu ne veux pas venir avec moi, ce sera plus marrant à deux.
— Je ne suis pas emballée, juste un petit tour, sinon tu vas encore disparaître avec tes copains, nous devrons rentrer avant dix heures, dis-je en interprétant les signes de ma mère.
— T’es pas marrante, se moque ma copine, à peine m’a-t-elle rejointe, tu devrais te trouver un petit copain toi aussi, ce serait plus simple.
— J’ai le temps, rien ne presse.
— Il y a bien un garçon qui te plaît, quand même ? insiste Alice.
La salle des fêtes est remplie de gens tenant un livre en main. L’invitée d’honneur est une conteuse écrivaine célèbre, je n’ai pas lu un seul de ses bouquins, je ne suis pas très lecture.
Je prends un livre, ce sera un cadeau pour Alice, elle aime lire et je sais qu’elle apprécie cette auteure, le dernier est bien paraît-il.
— Mylène Davis est en vacances dans le coin, on dit qu’elle a loué le château. C’est sympa de sa part de faire une séance de dédicaces dans un petit bled comme chez nous.
— Quel château ?
— Celui sur la montagne de Montfort à trente kilomètres de chez toi, tu le connais, tu dois le voir de ta chambre, au loin.
— Je ne savais même pas qu’il était encore habitable.
Nous suivons le mouvement qui nous pousse vers la table où trône une dame brune, jeune et souriante, un visage agréable éclairé par des yeux verts. Assis près d’elle, un ados discute avec des gens.
— C’est qui le jeune à côté d’elle ?
— C’est son fils, il est sauvage ou timide, il parle peu, mais il est pas mal du tout, répond Alice sous le charme. Lorsqu’ils sont arrivés, mon père leur a vendu une lunette astronomique pour regarder le paysage.
— Ils sont en vacances, ils ne connaissent personne, c’est normal, le monde n’est pas peuplé de pipelettes comme toi.
Mon tour arrive, machinalement, je tends le livre à l’auteure qui me regarde avec un drôle de sourire.
— Quel est ton prénom pour la dédicace ?
— Lili, s’exclame le garçon avant que je n’aie le temps d’ouvrir la bouche.

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Re: Matt en vacances

Message par Montparnasse »

J'ai lu en partie. La suite, ce soir.
Au début, tu raccroches deux fois un téléphone qui ne sonne pas. Il manque deux pièces au puzzle ?
J'ai bien aimé ce que j'ai lu.
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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Re: Matt en vacances

Message par Montparnasse »

Pas mal du tout. Tu as écrit ça récemment ? Ou c'est un vieux texte que tu as exhumé ?
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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Re: Matt en vacances

Message par Liza »

Je l'ai terminé ce matin pour avoir un texte sous la main pour des grands, si j'en ai mardi.
Il faut insister sur la discrétion, même lorsque l'on se croit à l'abri, avec les vacances il y a relâchement.
Pour les petits, je ressortirai un truc.
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