L'ours et le corbeau.

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Le Merle Blanc
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L'ours et le corbeau.

Message par Le Merle Blanc »

L'OURS ET LE CORBEAU,

Un ours s'ennuyait prisonnier
Derrière les grilles d'un zoo
Mirant sa trogne gris bleuté
Sur le miroir sale de l'eau,
Roulant nonchalant au soleil
Sa parure de reflets brun,
Enfin à l'ombre d'une treille
Soupirait d'un sommeil serein.

Non loin de lui les loups pervers
Déchiraient de leurs regards verts
Les diamants du jour finissant
Que le soir poussait fainéant
Loin des méandres de la nuit ;
Loin de ce royaume où ne luit
Que quelques clous d'argent bénis
Et un croissant roux endormi.

Un corbeau regagnait son nid
Poussé par le noir capricieux,
Caracolant de par les cieux
Braillant s'étourdissant de cris.
Cachant le regard de ses yeux
Pour ne pas surprendre sous lui
La peine des animaux soumis
Dans leur cage, par l'homme enfouis.

Tout en poussant ses congénères
Au cœur de l'arbre salutaire
Il riait de belles manières
Sur le troupeau et sa misère...
-Voyez amis au sol pleurant
Toutes ces bêtes encagées
Que nos Dieux ont abandonnées
Derrière des barreaux dégradant »

Mais les Dieux ont le ton changeant
Le vent bouscule l'aile frêle
L'oiseau croule vers le néant
Plongeant au sol comme une grêle...
Bondissant sur la pierre dure
Evanoui comme sans vie,
Coule dans le bassin impur
Son âme son corps alangui.

Reprenant peu à peu ses sens
Cherchant issue à son destin,
S'accrochant aux murs escarpés
Bord de la nappe d'eau intense...
Mais les parois tel un ravin
Sont verticales et glissantes
Pour le frêle animal qui tente
De sortir du piège acéré.

Sentant venir l'heure dernière,
Adressant l'ultime prière
Tendant ses forces éphémères
Pour s'agripper aux longues pierres...
Retombant dans le flot cruel
Où le vent sème ses crécelles
Il laisse s'endormir ses ailes
Sur un brouillard pourpré de miel.

De par les cris l'ours éveillé
Vers le bassin s'en vint traîner
Sa forte masse nonchalante
Dans la nuitée déjà constante.
Voyant sur le reflet de l'eau
S'ébattre mollement l'oiseau
Qui désespérément flottait
Sa carcasse qui s'épuisait.

Pour l'animal prit de pitié
Posant sur l'eau sa patte énorme
Il releva l'oiseau blessé
Sur le sol aux rebords informes.
Toutes plumes dégoulinantes
Laissant poser l'aile traînante
Le corbeau ébroue son plumage
Pour se refaire un' belle image.

-J'ai cru, dit-il enfin calmé,
Que ta patte allait me broyer
Que pour finir j'allais servir
A tes dents de dernier plaisir.
-Mon pauvre ami, rit l'ours brun,
Tu ne pèses pas plus que rien
Que m'attarderais-je à si peu
Quand l'homm' nourrit ce que je veux.

Les loups aux yeux perçant la nuit
Surveillaient l'animal groggy
Pensant déjà aux os craquants
Qu'ils déchireraient de leurs dents :
Laissez-le nous ! Laissez-le nous !
Ceci n'est qu'un en-cas pour nous...
Pour sur il ne sentira pas
Les soubressauts de son trépas.

Mais l'ours s'était pour le corbeau,
Epris d'un sentiment fort beau ;
Il le poussa vers l'herbe tendre
Pour que ses ailes il puisse étendre.
Lui prodiguant son souffle chaud,
Faisant s'enfuir les perles d'eau,
Rapidement l'oiseau blessé
Retrouva vigueur et santé.

Enfin les ailes asséchées
Il put tenter de s'envoler,
Posa sur la grille forgée
Son être encor' tout chamboulé...
-Grand merci ours, merci l'ami,
Sans toi je me serai noyé
Au grand jamais je n'oublierai
Que c'est grâce à toi que je vis »

Il partit soudain dans la nuit
A la recherche de son nid,
Retrouva famille et amis
Entre les feuilles déjà roussies ;
L'ours alors en soupirs gémit
Rêvant d'être un oiseau aussi
Pour partir vers un paradis
Loin de ces grilles affermies.

Au petit jour il ouvrit l'oeil
Sur des grilles telles des écueils
Hérissées de becs croassants,
Puis dans un tumulte de vent
Un concert de remerciements
La meute noire prit son envol
Laissant comme rivé au sol
L'animal aux yeux suppliants.

- Que t'avais-je dit cette nuit !
Hurla un loup à l'air sournois,
Tous les jours jusqu'au midi
Nous devrons supporter leurs cris !
Silence ! Bande de scélérats !
Fulmina l'ours dans sa colère,
Laissons voler les petits frères...
C'est dans leur vol que moi j'espère »

---18 08 2017.
Le poète est un mensonge qui dit toujours la vérité: Jean Cocteau

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Le Merle Blanc
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Re: L'ours et le corbeau.

Message par Le Merle Blanc »

Je suis désolé, Blacktears a lu et n'a pas aimé la fin...
Elle aurait voulu que l'ours s'envole d'un tour de magie dans la
nuée noire des corbeaux... à+
Le poète est un mensonge qui dit toujours la vérité: Jean Cocteau

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Montparnasse
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Re: L'ours et le corbeau.

Message par Montparnasse »

Le poème est peut-être un peu naïf — est-ce vraiment un défaut ? — mais sa réalisation est magistrale. Merci pour ce long et beau travail :super:
Quand les Shadoks sont tombés sur Terre, ils se sont cassés. C'est pour cette raison qu'ils ont commencé à pondre des œufs.

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